Le mouvement

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Le Burundi vit des heures excessivement dramatiques. Au Burundi, l’angoisse est permanente et généralisée, elle est assortie d'une absence d’espérance individuelle et collective de l'avenir. Nul n’a besoin de rappeler qu’au Burundi femmes, hommes, jeunes et vieux innocents militaires ou civils soupçonnés d'être contre le régime continuent

d'être torturés, de disparaître, d’être tués,ramassés voire repêchés un peu partout dans le pays ou dans les différents lacs et rivières…parfois enterrés à la va vite sans aucune enquête.

Les témoignages recueillis évoquent certains membres instrumentalisés de la jeunesse du parti au pouvoir IMBONERAKURE, des éléments de la police et des corps de défense sous commandement parallèle, une administration publique et militarisée corrompue, des civils jeunes et vieux, des membres des Forces de défense et de sécurité sous un commandement parallèle qui sont par leur silence ou leurs actions complices du régime. Pour la plupart d’entre eux tout en maudissant la servitude institutionnalisée, ils se sont murés dans un silence suicidaire.

Au mois de mai 2018, nous avons vécu dans un environnement antidémocratique, une parodie d’élection référendaire qui vise à préparer un simulacre électoral à l’horizon 2020.Comme si cela ne suffisait pas, le peuple burundais est désormais contraint à financer cette machination électorale. Pour que les générations actuelles et futures ne vivent plus avec la crainte d’être persécutés par le régime sectaire, schizophrénique et immoral de Nkurunziza et du système de mauvaise gouvernance actuelle, nous devons, ensemble et unis par un même refus, porter une résistance civile qui vise à retrouver notre identité morale: Ubuntu, notre dignité.

La résilience ! Une force morale : qualité de quelqu'un qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre."Quand un peuple ne défend plus ses libertés et ses droits, il devient mûr pour l'esclavage"

Dans cette perspective, la résistance est une obligation morale et citoyenne. A un moment donné, si nous ne faisons pas partie d’une solution inclusive rapidement négociée, nous ferons partie intégrante d’un problème sécuritaire profond à résoudre. De ce fait, la résistance doit mettre fin aux drames humanitaires et autres humiliations qui prévalent au Burundi. D’une façon ou d’une autre, la résistance sous différents aspects doit manifester notre responsabilité collective de défendre et de préserver les Droits et Libertés fondamentales.

Il n’empêche que la Jeunesse burundaise est convaincue que le Burundi n’est pas voué à la misère même s’il traverse une période politico-sociale très sombre. A l’état actuel des choses, il convient d’être conscient qu’une politique de non-résistance serait servile et lâche. De fait, la résistance est, avant tout, le fondement même de la Dignité et de la Solidarité humaine.

Face au totalitarisme et à une dictature pérenne, la résistance civile est un devoir patriotique.« C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence. » Nelson Rolihlahla Mandela

En suivant cette inspiration, l’émergence de mouvements citoyens africains nous enseigne que la dignité est inaliénable, jamais elle ne peut être perdue. Et si on libère cette expression, elle permet de mobiliser avec détermination la jeunesse africaine contre l’autoritarisme. Au Sénégal, la tentative de manipulation constitutionnelle n’a pas pu être réalisée grâce à une forte mobilisation des jeunes du Mouvement «Y’en a marre».Riche des idéaux du Capitaine Thomas Sankara, le Mouvement«Le Balai citoyen»au Burkina Faso, s’est opposé au tripatouillage de la Constitution et a été l’élément déclencheur de la colère des Burkinabès. En République Démocratique du Congo, les mouvements Lucha, Filimbi et Front Citoyen luttent pour le respect de la Constitution. Au Burundi, l’aspiration citoyenne «Sindumuja» est issue de la renaissance des mouvements citoyens africains qui on tpour objectif de briser les chaines de domination instillées par la terreur et la corruption. Plus concrètement, l’aspiration à la Liberté et à la Dignité portée par la jeunesse burundaise a été le Mottodes manifestations pacifiques, organisées en 2015, qui visaient à sauvegarder le fondement institutionnel de la Réconciliation Nationale et de la démocratie burundaise, à savoir le respect de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation nationale au Burundi. 

Au regard de cet idéal, cette aspiration citoyenne a été salutaire car elle a permis de reléguer les clivages ethniques aux poubelles de l’histoire. De façon inédite, le peuple Murundi, toutes ethnies et religions confondues, s’est levé pour dire : Non à l’Injustice ! Non à la violation flagrante du socle de la paix à savoir l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi !Et Non àla violation de la Constitution du Burundi

« Agrandir le cercle de nos amis, tendre loyalement et cordialement la main aux adversaires d’hier et non étaler de l’orgueil ou de l’insolence. » Louis Rwagasore Face à un leadership qui peine à se dévoiler, voire qui est devenu contre-productif, nous assistons :

  • Au tripatouillage d'une constitution de Mars 2005, produit d'un long processus de dialogue et de consensus sous médiation internationale
  • A la constitution d’alliances qui réduisent au silence des femmes et des hommes intègres ; 
  • à des tentatives de se libérer de son passé douloureux ou de son passé politique sans une autocritique saine et sincère; 
  • à la disqualification politique et physique de leaders inspirants ;
  • à une reproduction d’anciennes conceptions et des tractations politiques improductives ; 
  • à la rechercher de solutions qui reposent sur « l’autre » au lieu de réveiller le leader en « soi ».

Nul, au Burundi n’a oublié que pour défendre les intérêts de leurs groupes, les régimes politiques qui se sont succédé depuis l’indépendance ont promu l’impunité et ont suscité des mécanismes d’exclusions et de marginalisation sociale qui ont fait accumuler la frustration, la haine et le sentiment de vengeance. Ainsi, ils ont été incapables d’établir les fondements d'un État de Droit où tout un chacun peut jouir des droits humains et des libertés fondamentales sans craindre la violence ou toute mesure d'intimidation et de terrorisme. Pire encore, l’impunité a été instituée en mode de gouvernance avec pour conséquence des criminels transformés en leaders-modèles de la société tout en étant accompagnés par un cortège de malheurs, comme la corruption, le clientélisme, le favoritisme, le népotisme, pesant sur la population innocente qui n'arrive plus à subvenir à aucun besoin primaire.

De manière effective, nous reconnaissons que l’Accord d’Arusha nous a permis de parler librement des clivages idéologiques et communautaires qui ont alimenté les crises politico-ethniques que le Burundi a connues dès l’avènement de l’indépendance. Profondément marqués par notre histoire, nous pouvons célébrer notre diversité tout en ayant, encore, besoin de communiquer nos douleurs, nos frustrations afin de bâtir le Burundi nouveau auquel le peuple aspire avec raison.

«Nous ne pouvons laisser ànos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité. » Thomas Sankara

Pour que les générations actuelles et futures ne subissent plus les assauts cruels de notre histoire politique, nous devons introduire un système de droit, d’équité et de méritocratie. En ce sens, l’émergence d’un Etat de Droit nous impose, avant tout, le devoir de rester déterminés pour :

  •  protester contre la posture guerrière du système qu'incarne le régime de Bujumbura visant à instaurer un terrorisme d'Etat et de pensée unique, 
  • éviter de confondre la volonté irrationnelle d’un groupe de personnes à se maintenir au pouvoir avec les points équivoques et la réalité historique du conflit inter-burundais; 
  • imposer le respect des règles du jeu démocratique et l’alternance politique ;
  • assainir l’espace politique pour promouvoir le mérite au-dessus de l’appartenance ethnique ; 
  • promouvoir un Etat de Droit, de responsabiliser, de professionnaliser et de dépolitiser les corps de défense et de sécurité, le secteur public ainsi que le secteur para-étatique ; 
  • nous hisser de manière pragmatique àla hauteur de l’urgence pour sortir de la crise des valeurs politiques, morales et sécuritaires ; 
  • célébrer la diversité des appartenances dans la résistance et saluer la contribution de tout un chacun ;
  • encourager les nouvelles générations à s’impliquer, avec intégrité, dans la gestion politique de notre Nation; 
  • développer une conscience politique patriotique.

Ayant établi cela, nous rendons hommage à nos illustres héros, le Prince Louis RWAGASORE ainsi que le Président Melchior NDADAYE et de façon déterminée, nous nous engageons à : 

  • nous indigner face à l’absence de redevabilité sociale et politique qui a perpétué le mépris et a engendré le pillage des ressources du pays ; 
  • lutter contre le découragement et la tristesse en opposant une barrière mentale aux petites attitudes divisionnistes (avec une intention de nuire à autrui) qui peuvent avoir une influence énorme sur la résistance ; 
  • participer au démantèlement du système de gouvernance actuel caractérisé par le Terrorisme d’Etat et la corruption institutionnalisée 
  • transformer notre colère en force de caractère et détermination pour renforcer et développer des actions de solidarité constructives et efficaces.

Au nom de notre Dignité, de nos acquis démocratiques et du respect des Droits de l’Homme!

 Pour le comité de coordination du MIJB

Arsène Arakaza

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